Association des Lecteurs de Claude Simon

La Terre et la guerre dans l’œuvre de Claude Simon (1981)

Dernière modification le mardi 17 février 2015

La Terre et la guerre dans l’œuvre de Claude Simon. Critique, 414, novembre 1981. Paris : Éditions de Minuit,

Ce numéro de la revue dirigée par Jean Piel marque un seuil dans la critique simonienne qui sera confirmé par le colloque de New York en 1982 : parce qu’il paraît en même temps que Les Géorgiques dont il accompagne la lecture par trois articles importants et parce qu’il apporte des éclairages complémentaires sur les romans antérieurs et sur les infléchissements de l’écriture de Claude Simon.

Merleau-Ponty (Maurice). Lettre à Claude Simon du 23 mars 1961, « Merleau-Ponty répond à Claude Simon, écrivain et penseur », p. 1147-1148.

M. Merleau-Ponty confirme la convergence entre l’œuvre de Simon et ses propres travaux en commentant l’impression qu’a parfois l’écrivain d’être étranger à celui qui écrit.

Dubuffet (Jean). « À propos de Triptyque. Une lettre », p. 1149-1150.

J. Dubuffet décrit sa lecture de Triptyque comme d’un livre qui peut se lire par pièces détachées et à l’infini.

Bjurström (Carl Gustaf). « Lecture de Claude Simon : Le Vent », p. 1151-1166.

Cet article replace Le Vent dans l’évolution de l’écriture simonienne : il la montre s’écartant de la représentation réaliste par les effets d’accélération et de ralentissement brusques du temps, l’« addition de brèves images », le surgissement de la sensation très précise, l’alliance baroque de mouvement et d’immobilité dans le rythme des phrases.

Raillard (Georges). « Le rythme des choses », p. 1167-1180.

G. Raillard analyse la radicalité de Leçon de choses qui fonde l’écriture sur l’acte exclusif de décrire et remet en question la manière de lire les choses (par exemple une guitare, un œuf), la pertinence des distinctions entre elles. L’étude suit dans le texte les aventures de choses qui sont aussi des mots (« langues pendantes » ou « vague ») et souligne sa continuité avec Triptyque.

Duncan (Alastair B.). « Claude Simon : la crise de la représentation », p. 1181-1200.

De La Corde raide à Histoire, l’auteur suit l’évolution qui amène Simon à contester la représentation au profit d’une esthétique de la « production » : en luttant contre les difficultés de la représentation dans Le Vent, puis en usant d’un réalisme subjectif dans L’Herbe. L’article insiste sur La Route des Flandres où l’on voit se défaire dans le cours même du roman toute la réalité de la fiction, et où s’approfondit cette crise grâce au développement du pouvoir créateur des mots et de la description, processus qui se poursuit dans Histoire.

Rousset (Jean). « La guerre en peinture », p. 1201-1210.

J. Rousset voit dans la contradiction féconde entre le déplacement dans l’espace et le spectacle peint l’axe central de La Bataille de Pharsale. Il s’arrête sur la série de quatre peintures de batailles, dont l’ordre significatif oppose deux façons de peindre le mouvement, le style renaissant et le style baroque, puis s’attache aux différentes métamorphoses du fixe et de l’animé : animation de l’image ou pétrification du mouvement.

Fletcher (John). « Claude Simon : autobiographie et fiction », p. 1211-1217.

Cet article sur le caractère autobiographique des matériaux dont sont nourris de manière variable les romans de Simon distingue des romans les moins personnels du début ceux qui sont liés à l’expérience espagnole et ceux dont les matériaux sont d’ordre familial. L’analyse souligne notamment combien Les Géorgiques, après et différemment de La Route des Flandres, se fonde sur des documents authentiques.

Châtelet (François). « Une vision de l’Histoire », p. 1218-1225.

L’auteur considère Les Géorgiques comme une vision de l’histoire, qui comprend l’acte d’histoire comme une réalité multiple ; une vision problématique et concrète qui montre la complicité profonde de la terre et de la guerre qui se nourrissent l’une de l’autre, et au-delà, la connivence entre les forces de génération et de destruction.

Dällenbach (Lucien). « Les Géorgiques ou la totalisation accomplie », p. 1226-1242.

L. Dällenbach analyse l’intrication des rapports d’analogie multiples qu’établit le roman entre trois expériences de l’Histoire, celles de la Révolution et de l’Empire, celle de la débâcle de 1940 et celle du début de la guerre d’Espagne avec les rapports d’analogie entre la terre et la guerre, entre Nature et Histoire. Pour élucider ce dernier rapport analogique, il propose de lire Les Géorgiques comme une poétique, et la recherche d’une totalisation de toutes les virtualités du roman et de la littérature.

Mots-clés

Guerre  Terre 
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