Association des Lecteurs de Claude Simon

Entretiens à propos de L’Acacia

Dernière modification le lundi 3 avril 2017

- « Et à quoi bon inventer ? », entretien avec Marianne Alphant, Libération, 31 août 1989. Repris dans les Cahiers Claude Simon (11, 2016), p. 19-26

L’histoire de mon père, de ma mère, c’est le prétexte. Ce qui me donne envie d’écrire. Et à quoi bon inventer quand la réalité dépasse à ce point la fiction ? Mes parents sont des personnages banals de ce siècle, mais l’ascension sociale de mon père, ces quatre années de fiançailles avec ma mère, ce mariage si contraire aux convenances me semblaient plus émouvants qu’une histoire inventée.

- « Claude Simon. “La guerre est toujours là” ». Entretien avec André Clavel, L’Évènement du Jeudi, 31 août-6 septembre 1989, p. 86-87

Vous savez, à partir de l’Herbe, mes livres sont tous à base de vécu, expression que je préfère à “ autobiographie ”. Dans l’Herbe, je “ raconte ” la mort d’une vieille tante que j’aimais beaucoup. Dans la Route des Flandres, c’est la dernière guerre. Le Palace, ce sont les scènes que je garde de Barcelone au début de la révolution. Pour l’Acacia, j’ai rassemblé des images, des souvenirs ‑ le plus souvent visuels ‑ concernant ma mère. J’ai aussi consigné tout ce qui m’a été rapporté par des témoins sur mon père, tué en 1914 sur la Meuse. J’ai également raconté ce voyage avec ma mère, en 1919, dans des paysages dévastés autour de Verdun, pour essayer de retrouver la tombe de mon père. J’avais 6 ans. Ça a été un de mes premiers, et mon plus sinistre souvenir d’enfance.

- « Claude Simon : “Je ne crois pas écrire des choses compliquées” », entretien avec Jean-Claude Lamy, France Soir, 26 sept. 1989, p. 8

- « Visite à Claude Simon, L’atelier de l’artiste ». Entretien avec Jean-Claude Lebrun, Révolution, 500, 29 sept. 1989, p. 36-41

Quelquefois une journée pour écrire trois lignes, quelquefois une page en une journée de travail !… Je n’ai trouvé la composition du livre qu’au mois d’octobre de l’année dernière. Il y avait des années que j’y travaillais, j’écrivais des choses, et cette construction binaire, je n’en ai eu l’idée que l’année dernière, alors que presque tout était écrit. Nous ne percevons le monde, je crois, que par fragments. (...) Alors j’essaie de combiner, comme probablement les choses se combinent en moi. J’ai dit à Stockholm : “ Ma tentative c’est, dans la langue qui me constitue en tant qu’être pensant et parlant, de trouver des équivalents à ce magma informe de sensations qui me constitue en tant qu’être sensible ”. Voila ce que j’essaie de faire. Quand des jeunes écrivains viennent me trouver : “ Qu’est‑ce que je fois faire ”, je dis : “ Sortez dans la rue, marchez deux cents mètres, rentrez chez vous, essayez de raconter tout ce que vous avez senti, perçu, remémoré, éprouvé pendant ces deux cents mètres, vous avez de quoi faire un bouquin comme ça ! ”

- « Claude Simon, l’art du présent », entretien avec Jean-Maurice de Montrémy, La Croix, dimanche 26 et lundi 27 novembre 1989

- « Le Passé recomposé ». Entretien avec Aliette Armel, Le Magazine Littéraire, 275, mars 1990, p. 96-103

La seule lutte lorsque j’écris c’est, encore une fois, à partir de ce magma de souvenirs et de sensations qui est en moi et me constitue, comme je l’ai dit à Stockholm, en tant qu’être sensible, de parvenir à un ensemble cohérent dans la langue qui me constitue en tant qu’être parlant et par conséquent pensant. J’ai rapporté que, questionné à Moscou par des écrivains soviétiques sur les problèmes qui me préoccupaient, j’avais répondu qu’ils étaient au nombre de trois : 1) commencer une phrase, 2) la continuer, 3) la terminer (même chose pour un paragraphe, même chose pour un chapitre, même chose pour le livre tout entier). J’ai, dans une interview, illustré cette déclaration par l’exemple d’une phrase décrivant une voiture de réfugiés croisée dans la nuit par l’escadron (L’Acacia), chargée d’objets (de mots) lourds comme buffets, bahuts, matelas, etc. Il me fallait, pour couronner cet entassement (couronner la phrase) un objet (un mot) léger : j’ai trouvé : bicyclette.

Mots-clés

L’Acacia 
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