Association des Lecteurs de Claude Simon

Perpignan : le Palmarium

Dernière modification le lundi 4 août 2014

Avec le Cinéma Castillet « à la façade rococo », construit en 1911, le Palmarium, grand café édifié dans le style de l’Exposition universelle en 1905, est l’une des réalisations Art Nouveau de la Belle Époque, qui est également celle de la jeunesse de la mère.

Quant à la ville, c’était comme si elle s’était répudiée elle-même (répudiant son église royale, le palais où avait couché Charles Quint, sa citadelle, les remparts dont plus tard Vauban l’avait entourée) pour ainsi dire exploser, s’épanouir, accéder au sortir de ses étroites rues médiévales comme à une sorte d’antithèse d’elle-même sous les aspects d’une modernité d’ailleurs presque aussitôt fanée, déjà désuète et fragile où, dans un mélange de foi dans le Progrès en même temps que dans les canons antiques, se trouvaient paradoxalement réunis autour de l’esplanade conquise sur une partie abattue des anciens remparts la statue d’un personnage revêtu d’une redingote de bronze, la façade du tribunal en forme de temple corinthien, le nouveau siège du Crédit lyonnais et, à l’enseigne de D. GOUGOL, CAFÉ-GLACIER, la massive rotonde de fer et de verre qui tenait à la fois de la Galerie des Machines en réduction et d’un kiosque à musique où, dans ce pays pourtant tout proche de l’Espagne, un orchestre tzigane jouait le soir des airs d’opérettes viennoises et les derniers refrains de la Belle Époque, modernisations (ou transformations, ou embellissements) qui apparemment s’étaient effectués (à la façon d’un papillon s’extrayant par saccades de sa chrysalide et déployant à la fin ses ailes chatoyantes) en quatre phases auxquelles on était redevable en premier lieu du temple corinthien, puis de la statue de bronze, puis de la merveille libellule, le chef-d’œuvre de fer et de verre, et enfin, dans un quatrième et dernier effort, du cinéma à la façade rococo au pied duquel venait, au terminus de son parcours, s’arrêter la ligne du tramway. » (Le Tramway, p. 79-80)

Époque où après la deuxième guerre mondiale une certaine évolution culturelle des conseillers municipaux (ou des conseilleurs des conseillers) et des patrons de café les poussa à renier leur premier reniement au profit d’une réhabilitation de ce qu’ils savaient maintenant (ou pensaient savoir) être les vraies valeurs artistiques de la ville (c’est-à-dire les monuments ou simplement les maisons, que leurs prédécesseurs n’avaient pas encore eu le temps de détruire : remparts, palais, vieilles façades), respectant (sans doute en raison de la dépense) le tribunal corinthien et l’homme de bronze (entouré maintenant, à la mode des stations balnéaires, de banquettes de fleurs et de palmiers) mais, par contre, impitoyables à l’égard de l’arachnéenne rotonde de fer et de verre aux gracieuses marquises de libellules remplacée par D. GOUGOL ou ses héritiers (ou quelque acheteur), elle, ses transparences, ses élytres, ses tentures et ses orchestres viennois, par un édifice de ciment crépi de jaune et couvert, selon les normes du style local attendu (ou supposé attendu) par les touristes (de même que les banquettes de fleurs et les palmiers), de pimpantes tuiles roses.
comme si, dans un second temps et par un réflexe inverse ou un effet de reflux, la ville (ou tout au moins les conseilleurs des conseillers municipaux, les tenanciers de café et les entrepreneurs en bâtiment) avait maintenant, non plus comme, à la Belle Époque, misé sur des embellissements pour ainsi dire d’importation, comme des chapiteaux corinthiens ou un Crystal Palace en réduction, mais entrepris avec orgueil d’affirmer un style architectural propre à satisfaire à la fois la fierté locale et les appétits touristiques d’exotisme méditerranéen. (Le Tramway, p. 108-109)

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