Association des Lecteurs de Claude Simon

blanc presque bleuâtre

Dernière modification le mercredi 15 février 2012

la nuit laiteuse remplissait aussi la rue lumière venant de partout et de nulle part il y avait de sombres silhouettes d’hommes çà et là appuyés aux murs aux troncs aux arbres silencieux attendant quoi comme si le sommeil ici était impossible de grands oiseaux blancs voletaient se posaient sur la chaussée déserte faisaient quelques pas s’envolaient tous sans bruit l’oiseau de Minerve prend son vol à la tombée de la nuit

je pensais que le vieil homme avait droit au silence à la paix là-bas au bord du vieux grand fleuve qui coule lentement vers les océans glacés

comme je ne lui caressais plus le ventre le chien-renard me regarda un instant interrogatif de ses petits yeux doux puis il s’est relevé s’est secoué est parti vers les bois

souples coulées de lait l’un passé sur l’épaule de l’homme avec qui elle dansait

sur la pelouse l’homme au complet de bronze était toujours là soudé à sa chaise de bronze cravaté de bronze regardant gravement devant lui les mains posées sur ses cuisses

blanc presque bleuâtre

grand cadavre d’arbres tous dans le même sens dans les jours sans fin les nuits sans fin certains avaient l’air de gigantesques insectes d’avant le déluge squelettes myriapodes cheminant sur leurs pattes tordues

Claude Simon, Archipel et Nord (Minuit, 2009), p 32-34

Mots-clés

Archipel et Nord 
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