Association des Lecteurs de Claude Simon

Hommage à Françoise Merllié

Dernière modification le lundi 11 février 2019

Françoise était une grande lectrice de l’œuvre de Claude Simon, prix Nobel de Littérature. Elle avait des liens avec la famille de l’écrivain, mais ce n’était qu’une raison secondaire. L’essentiel est qu’elle aimait cette œuvre pour elle-même, et voulait partager sa passion avec les autres. C’est pourquoi elle avait adhéré à l’Association des lecteurs de Claude Simon, et avait même accepté de siéger dans son conseil d’administration. Nous nous souvenons tous de sa gentillesse, de son enthousiasme, et du souci constant qu’elle avait de faire connaître cette œuvre par un plus large public, malgré sa difficulté, pensant à juste titre que la force et la beauté du texte emporteraient l’adhésion.

Et cela rappelle à notre mémoire cette lecture publique du dernier roman publié par Claude Simon, Le Tramway. C’était à Perpignan, en juin 2015, à l’occasion du séminaire de l’Association. Les organisatrices avaient eu la belle idée d’une lecture du roman intégral par 34 lecteurs se relayant, et il se trouve que Françoise avait été la 34e lectrice. C’est donc à elle qu’il était revenu de lire les dernières pages, particulièrement poignantes, de ce dernier roman qui, d’un bout à l’autre, parle de l’enfance et de la mort, la mort de la mère perdue à onze ans, celle de l’écrivain lui-même, qu’il pressent. Nous voudrions faire entendre aujourd’hui, en souvenir de Françoise qui l’avait lue avec tant d’émotion, la toute dernière phrase du Tramway, qui évoque le jardin du mas des Aloès, à Canet-en-Roussillon, où la famille de Claude Simon passait les mois d’été quand il était enfant :

« Comme si quelque chose de plus que l’été n’en finissait pas d’agoniser dans l’étouffante immobilité de l’air où semblait toujours flotter ce voile en suspension qu’aucun souffle d’air ne chassait, s’affalant lentement, recouvrant d’un uniforme linceul les lauriers touffus, les gazons brûlés par le soleil, les iris fanés et le bassin d’eau croupie sous une impalpable couche de cendres, l’impalpable et protecteur brouillard de la mémoire. »

Jean-Yves Laurichesse
Président de l’Association des lecteurs de Claude Simon

- à lire aussi, pour se souvenir d’elle, ce beau texte sur sa lecture du Tramway que Françoise nous avait confié en janvier 2016.

© La photographie ci-dessus, prise lors de la lecture publique du Tramway en juin 2015, est due à Philippe Blanc.

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Merllié, Françoise 
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